Aller au contenu

Articles mardi 29 septembre 2026

Mieux accompagner la clientèle autochtone : une question de confiance et de compétence

Partagez

Le Fonds d’assurance responsabilité professionnelle du Barreau du Québec publie, en collaboration avec Me  Fanny Wylde, avocate algonquine originaire de Pikogan, des pistes concrètes pour adapter l’accompagnement juridique offert aux personnes autochtones.

Une bonne relation entre une avocate ou un avocat et sa clientèle repose notamment sur la communication. Comprendre la situation de la personne, recueillir ses instructions et lui donner des conseils qu’elle peut comprendre et utiliser pour prendre des décisions éclairées  : tout part de là.

Lorsque la personne accompagnée est autochtone, cette attention prend une importance particulière. Par exemple, le rapport au système de justice, à l’écrit ou au temps peut varier selon les communautés et les parcours de vie. Le texte rappelle toutefois qu’il ne faut rien présumer  : les réalités des Premières Nations, des Inuits et des Métis sont multiples, et chaque accompagnement doit rester individualisé.

Comprendre le contexte

Pour certaines personnes autochtones, les tribunaux et les institutions peuvent être associés à des expériences difficiles, dans un contexte historique marqué entre autres par la colonisation et les pensionnats. La conception même de la justice peut aussi différer  : là où le système canadien met l’accent sur les droits individuels, certaines traditions autochtones privilégient la réparation et le rétablissement des liens au sein de la communauté.

La tradition orale occupe également une place importante. Une personne peut, par exemple, répondre à une question en racontant une histoire plutôt que de façon brève et directe. Ce n’est pas nécessairement un manque de précision, mais plutôt une autre manière de transmettre ce qui compte. La Cour suprême du Canada a d’ailleurs reconnu, dans l’arrêt Delgamuukw c. Colombie-Britannique, que les récits oraux peuvent servir de preuve.

D’autres nuances méritent d’être connues. Par exemple, éviter le regard peut être une marque de respect. Le rire peut exprimer un malaise. Une décision peut être prise après avoir consulté des proches, des aînés ou des membres de la communauté, ce qui demande parfois plus de temps sans traduire un manque d’intérêt pour le dossier.

Des pistes concrètes pour les juristes

L’article propose plusieurs pistes, notamment  :

  • Bien expliquer le mandat : y compris le rôle de chacun, les étapes du dossier et ce que le processus judiciaire peut, ou ne peut pas, offrir.

  • Combiner l’écrit et l’oral  : s’assurer que l’information a été reçue et comprise de vive voix, puis confirmer par écrit les points importants dans un langage clair.

  • Prévoir plus de temps pour les rencontres et les délais, afin de tenir compte notamment des distances, des obligations familiales ou du besoin de consulter.

  • Poser des questions courtes et inviter la personne à reformuler dans ses mots ce qu’elle a compris.

  • Respecter la place de l’entourage, tout en préservant le secret professionnel et en veillant à ce que les instructions viennent bien de la personne représentée.

  • Reconnaître ses limites et diriger au besoin vers des ressources spécialisées, comme un service d’interprétation ou un service parajudiciaire autochtone.

Une expression de la compétence professionnelle

Ces pistes ne créent pas de nouvelles obligations. Elles invitent plutôt les juristes à appliquer les principes qu’ils doivent déjà respecter (communiquer clairement, vérifier la compréhension, reconnaître leurs limites) avec une sensibilité accrue aux réalités autochtones. Une ouverture qui renforce la confiance envers la justice et favorise des services juridiques mieux adaptés.

Partagez