Dossiers Monday, November 2, 2026
Sommet québécois pour l’état de droit
Que pensent les jeunes de l’état de droit?
By Julie Perreault
Lors de la deuxième journée de conférences du Sommet québécois pour l’état de droit, quatre jeunes représentants et représentantes d’associations et d’organisations, soit Juliette Benoit, Alexandre Fabien Gagné, Me Jeanne Gagné et Marc-André Bouvette, ont partagé leur vision, mais aussi leurs craintes par rapport à l’état de droit.
Pour lancer la discussion, l’auteure et animatrice Marie-Claude Barrette a rappelé qu’à ses débuts, tout lui semblait possible, puis a demandé à ses invités s’ils partageaient cette perception, malgré les défis actuels que nous connaissons.
Premier à briser la glace, Marc-André Bouvette, président de Force Jeunesse, a exprimé la nécessité d’être optimiste. « Il n’y a pas de doute que nous sommes face à un Québec où les enjeux sont de plus en plus complexes ». Devant le vieillissement de la population et la difficulté à financer les services publics, ce dernier a concédé que cela avait une incidence sur la confiance des jeunes en l’avenir.
« Est-ce qu’on croit que tout est possible? Je ne le sais pas, mais je pense que c’est pour ça qu’on s’engage. C’est pour faire face au cynisme », a indiqué Juliette Benoit, présidente de l’Association québécoise des jeunes parlementaires. Un sentiment que partage Me Jeanne Gagné, présidente du Jeune Barreau de Montréal : « Personnellement, je crois que tout est possible quand on s’implique et qu’on s’engage ». Pour Alexandre Fabien Gagné, représentant de la Fédération étudiante en droit du Québec auprès du Barreau du Québec, les jeunes représentent autant le présent que l’avenir, pourvu qu’ils participent activement à le forger.
Croire au changement
L’animatrice a ensuite demandé à ses invités si le sentiment de pouvoir faire une différence était une motivation pour faire preuve d’engagement. Bien qu’elle constate que des jeunes s’impliquent, Me Gagné croit qu’une bonne partie de ceux-ci ne savent pas trop par où commencer. « Je crois que c’est une occasion de discuter de l’absence des jeunes ou du fait qu’il y a moins de place pour ceux-ci dans nos institutions », a souligné l’avocate.
Une opinion que seconde le représentant de la Fédération étudiante en droit. Prenant exemple sur sa propre expérience auprès de l’Association des étudiants et étudiantes en droit de McGill, M. Gagné a expliqué comment personne ne voulait prendre position lorsque l’Association s’est prononcée sur le conflit israélo-palestinien et qu’une poursuite s’est ensuivie. Interrogé par l’animatrice sur les raisons de son engagement, M. Gagné a répondu : « La liberté d’association et les associations étudiantes sont des véhicules extraordinaires pour la participation politique et la mobilisation, parce qu’on a besoin de ça pour qu’il y ait du changement social ».
Comment empêcher la perte de confiance?
Face aux défis actuels, l’animatrice a questionné les panélistes sur la manière de freiner la perte de confiance des jeunes envers les institutions et l’état de droit. Pour sa part, M. Bouvette croit que tout part des décideurs publics. Selon lui, ils « doivent considérer les contre-pouvoirs, les organes de vérification (…). Après, ça s’incarne dans les institutions ».
Pour illustrer son propos, ce dernier a mentionné comment le Tribunal administratif du logement est submergé de demandes, ce qui occasionne des délais importants. « Il y a des délais allant jusqu’à une année pour la fixation du prix d’un loyer. On parlait de confiance tantôt envers les institutions… », ironise-t-il. Plus largement, M. Gagné croit qu’il s’agit d’un enjeu d’accès à la justice. « Sans accès à la justice, il n’y a pas de primauté du droit. Et sans primauté du droit, il n’y a pas d’état de droit », de renchérir ce dernier.
Absence de projets fédérateurs
L’action citoyenne est souvent la clé pour combattre le cynisme ambiant, a rappelé Mme Barrette. Une opinion que partage M. Bouvette qui souligne toutefois que le contexte a changé : « Ta génération, Marie-Claude, s’est surtout politisée autour du débat national. La nôtre se politise au moment où il y a des briques qui tombent des hôpitaux dans l’est de l’île. Alors forcément, les enjeux sont peut-être moins intéressants », d’indiquer le président de Force Jeunesse.
« Est-ce à dire qu’il faut ajouter davantage de forums et vous inclure dans toute forme de discussion? » a relancé Mme Barrette. « Je pense qu’une partie de l’antidote est là, d’avoir des jeunes sur les lieux décisionnels, avoir des jeunes à l’Assemblée nationale », d’acquiescer M. Bouvette.
Peu de jeunes en politique
Si la présence de plus de jeunes au sein des institutions constitue une part de la solution, l’animatrice a questionné ses invités à savoir pourquoi les jeunes ne se présentent pas davantage en politique.
La question de la circonscription parfois considérée comme un château fort d’un parti, la difficulté d’amasser le nombre de signatures nécessaires à la candidature, l’accueil du parti et des membres envers un jeune candidat ou une jeune candidate sont, selon M. Bouvette, des éléments de réponses face au désintérêt des jeunes. Cependant, même si plusieurs sont cyniques, cela ne veut pas dire que les jeunes ne trouvent pas d’autres manières de changer les choses comme l’explique Mme Benoit : « Allez dans les forums de commentaires sur YouTube, TikTok… vous allez avoir des jeunes qui sont hyper politisés, qui ont des opinions super développées. Comment est-ce qu’on les rejoint au quotidien? Je ne le sais pas, mais ils ont leurs opinions qui sont très fortes ».
Pour conclure cette table ronde, Mme Barrette a demandé aux participants et participantes d’expliquer ce que l’engagement leur apporte sur le plan personnel. « C’est une volonté de service public », a indiqué le président de Force Jeunesse. Du côté de Mme Benoit, s’engager donne de l’espoir et « le sentiment que je fais une différence, malgré tous les problèmes que je vois ».
« C’est ce qui me donne le goût de me réveiller le matin, aider la population, les justiciables, ça m’allume complètement », de mentionner Me Gagné. Quant au représentant de la Fédération étudiante en droit du Québec auprès du Barreau du Québec, ce dernier a nommé le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand, « surtout dans un contexte où nous devrons inévitablement faire une transition socioécologique. On aura besoin d’affronter les questions les plus fondamentales d’une société », de conclure M. Gagné.