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Dossiers Monday, November 2, 2026

Sommet québécois pour l’état de droit

Contrer la montée de l’autoritarisme

By Julie Perreault

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Dans la cadre du Sommet québécois pour l’état de droit, l’américain Ian Bassin, cofondateur et directeur général de Protect Democracy, est venu faire ce qu’on s’attend de tout bon voisin  : nous prévenir quand le danger nous guette…

D’entrée de jeu, M.  Bassin a concédé l’ironie à ce qu’un Américain vienne donner des conseils sur la protection de l’état de droit. Il a toutefois insisté sur l’importance de sa démarche. «  Si la maison de votre voisin brûle, vous voulez qu’il vienne vous avertir  ».

Les leçons du passé

M. Bassin a d’abord évoqué l’auteur autrichien Stefan Zweig, qui croyait à tort, dans les années 1930, la démocratie européenne inébranlable. Ses mémoires restent selon lui un avertissement  : «  Ce sont souvent les sociétés les plus riches, les plus avancées, qui peuvent devenir victimes de leur propre succès. (…) On peut devenir aveugle aux signes avant-coureurs.  »

Ancien conseiller de hauts responsables de la Maison-Blanche, il a lui-même découvert la fragilité de la démocratie américaine. «  La plupart des règles qui régissent l’exercice de ce pouvoir immense ne sont, en réalité, pas inscrites dans la loi. Ce sont des règles coutumières.  » Lorsqu’un mouvement de plus en plus hostile à ces règles a émergé en 2016, il a cofondé Protect Democracy. L’analyse des événements du 21e  siècle a mené l’organisation à un constat  : les États-Unis sont en pleine «  récession de la démocratie  ».

Les sept étapes de l’autoritarisme moderne

Selon M. Bassin, nous assistons aujourd’hui à ce que les politologues Steve Levitzky et Lucan Way appellent «  l’autoritarisme compétitif  », une nouvelle forme de gouvernement dont les dirigeants «  accèdent au système par le biais d’élections normales, puis commencent à le démanteler de l’intérieur  ».

Poursuivant sa présentation, M.  Bassin en décrit les sept étapes  :

  1. Politiser les institutions indépendantes tels que la fonction publique, les forces de l’ordre et, à terme, l’armée.

  2. Diffuser de la désinformation, y compris celle provenant du gouvernement lui-même.

  3. Renforcer le pouvoir exécutif et affaiblir ses contrepoids : le législateur, les tribunaux, la presse libre et la société civile.

  4. Étouffer la dissidence, notamment en s’en prenant aux médias indépendants, comme l’a fait Viktor Orbán en Hongrie.

  5. Faire des communautés vulnérables des boucs émissaires, l’outil préféré des tyrans depuis l’Antiquité.

  6. Truquer les élections.

  7. Attiser la violence.

Face à cet inquiétant scénario, que faire?

Les institutions démocratiques ne font contrepoids que grâce aux gens qui y travaillent. Or, plusieurs ont fléchi par crainte de représailles. «  Lorsque cette peur imprègne les institutions, celles-ci ne parviennent plus à contrôler le pouvoir. Mais il existe un cycle inverse  », a soutenu le conférencier, citant l’exemple du Minnesota. Après le décès de Renee Good et Alex Pretti, tués par balle, des dizaines de milliers de leurs voisins ont envahi les rues en plein hiver. «  Ils ont organisé la première et unique grève générale que j’aie vue de ma vie aux États-Unis. Plus de 38  % de la population a refusé d’aller travailler et a retiré ses enfants de l’école.  ».

Cette mobilisation a freiné la dérive sans renverser la vapeur, nuance M.  Bassin. Les avocats ont un rôle à jouer, a-t-il ajouté, saluant la poursuite intentée par l’American Bar Association contre le gouvernement américain pour défendre le droit des cabinets d’avocats de représenter qui ils veulent sans craindre de représailles. «  Nous, les avocats, pouvons être le fer de lance de ce mouvement  ».

Au-delà du droit, la réponse doit être collective. «  Ce que nous pouvons faire, c’est nous mobiliser, ne pas rester silencieux et ne pas nous cacher, et cela ne nécessite pas de diplôme en droit. Il suffit d’être citoyen d’une démocratie. Si nous agissons ainsi, (…) nous éviterons le sort de la génération de Zweig et léguerons à nos enfants un monde plus fort et plus sain  », a conclu M.  Bassin.

La protection de l’état de droit québécois vous préoccupe?

Faites-le savoir en signant la Déclaration québécoise pour l’état de droit.

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